« Je suis stressée » : mettre des mots sur ce qui se cache derrière, et comprendre enfin ce que tu ressens

Ta poitrine est serrée.

Depuis ce matin, quelque chose appuie là, juste sous le sternum. Ta gorge se noue dès que tu parles. Ta peau te gratte sur les bras, sans raison. Le soir, quelqu'un qui t'aime te demande : « Qu'est-ce qui ne va pas ? »

Tu cherches. Tu ouvres la bouche. Et il ne sort qu'une chose : « Je suis stressée. »

« Stressée par quoi ? » Tu ne sais pas. Tu sens bien qu'il y a quelque chose de lourd, mais tu n'as pas le mot. Alors tu dis « laisse tomber », et tu vas te coucher avec le poids sur la poitrine.

Le lendemain, sous la douche, le mot arrive enfin. Tu étais blessée. On avait oublié ce qu'on t'avait promis, et tu étais blessée.

Si tu te reconnais, tu te dis sans doute que les émotions, ce n'est pas pour toi. Rassure-toi : tu en as. Autant que les autres, parfois plus. Ce qui te manque, ce sont les mots. Et ces mots, personne ne te les a appris.

Mis à jour le 8 octobre 2026, par Aurélie Ferrari, praticienne en libération émotionnelle. « Je suis stressée », je l'entends très souvent en séance. Ce qu'il y a dessous, c'est le sujet de cet article.

L'essentiel en 30 secondes

  • Ne pas savoir dire ce que tu ressens ne veut pas dire ne rien ressentir. Ton corps sent tout : la poitrine, la gorge, le ventre, la peau. C'est la traduction en mots qui manque.
  • Les mots des émotions s'apprennent, comme le reste du langage. Un enfant ne nomme sa colère que si un adulte la lui a nommée.
  • Personne ne te les a appris : ni tes parents, qui ne les avaient pas reçus, ni l'école, qui ne fait des cours d'empathie que depuis 2024, ni une société qui disait « sois fort ».
  • Nommer calme l'alarme de ton cerveau, et presque personne ne le croit. Pourtant, c'est démontré en imagerie.
  • Ça s'apprend à tout âge, en partant du corps, avec trois questions et une roue des émotions.

Est-ce que c'est moi ?1. « Je suis stressée », et rien de plus précis : les signes que tes émotions arrivent sans nom

Tu ressens, mais tu ne sais pas dire quoi. Le corps envoie des signaux précis (poitrine oppressée, gorge serrée, peau qui gratte), et un seul mot sort : « stressée ». Les émotions sont là, c'est leur nom qui manque.

En séance, personne ne me dit « je ne sais pas nommer mes émotions ». On me dit « je suis stressée », « ça va », « je ne sais pas trop ». Le reste, c'est le corps qui le raconte. Les signes les plus fréquents :

  • Un seul mot pour tout. Stressée, fatiguée, énervée : le même mot pour une dispute, une déception, une peur pour ton enfant.
  • Le corps parle à ta place. Poitrine oppressée, gorge nouée, ventre qui se tord, mâchoire serrée au réveil. Tu sens tout, sans savoir ce que ça veut dire.
  • Le blanc. « Qu'est-ce que tu ressens ? » Ta tête se vide. Ou tu réponds « je pense que… », parce que penser, tu sais faire.
  • Tout se ressemble. Faim, fatigue, colère, angoisse : les mêmes sensations, impossible de savoir laquelle est là.
  • Le mot arrive trop tard. Tu réagis fort, et tu comprends des heures plus tard, sous la douche ou à 3 h du matin.
  • « Laisse tomber. » Tu renonces à expliquer. Pas par froideur : tu ne trouves pas.
  • Tu lis les autres mieux que toi. L'humeur de quelqu'un qui entre dans la pièce, tu la repères en une seconde. La tienne, beaucoup moins.
Femme vue de face, halos lumineux sur la mâchoire, la gorge, la poitrine, les avant-bras et le ventre, là où le corps ressent avant les mots
Le corps ressent tout, très précisément : la poitrine oppressée, la gorge serrée, la peau qui gratte, le ventre noué. Ce qui manque, c'est le mot.Touche l'image pour l'agrandir

Nathalie a 46 ans. Elle dirige une équipe, elle élève deux adolescents, et depuis trois semaines, ses douleurs de fibromyalgie se sont réveillées. « Je suis stressée, c'est le travail. » En séance, on a déroulé les trois semaines. Le travail n'avait pas changé. Sa mère, si : elle était tombée. Nathalie avait peur, une peur qu'elle n'avait jamais dite, même pas à elle-même : la peur de la perdre et de se retrouver seule.

Les prénoms et les histoires de cet article sont composés à partir de plusieurs personnes que j'ai accompagnées.

Ce que ça ne veut pas dire

Intérieurement, tu te dis : « je ne sais pas ce que je ressens, donc je n'ai pas d'émotions ». C'est faux. Ton corps te prouve le contraire chaque jour. Tu n'es ni froide, ni insensible. Souvent, c'est l'inverse : tu ressens tellement, et tellement à la fois, que tout arrive en bloc.

Laquelle des deux situations est la tienne ?

Je ne ressens plusJe ressens, mais je ne sais pas quoi
Ce que tu visLe vide, le plat, une intensité très faibleUn bloc dans le corps, et un seul mot : « stressée »
Les mots savantsEngourdissement, anesthésie émotionnelle, dissociationAlexithymie
Le cheminRemettre en service l'intensité, par le corpsApprendre les mots, en partant du corps

Si tu te reconnais surtout dans la première colonne, lis d'abord mon article sur le moment où l'on ne ressent plus rien.

Alors pourquoi les mots ne viennent pas ? La réponse n'est pas en toi. Elle est autour de toi, depuis l'enfance.

Pourquoi je n'ai pas les mots ?2. Personne ne t'a appris tes émotions : ni tes parents, ni l'école, ni la société

Les mots des émotions s'apprennent, comme le reste du langage. Quand ni la famille, ni l'école, ni la société ne les transmettent, l'adulte ressent tout et ne sait rien en dire.

Un enfant de deux ans ne sait pas qu'il est en colère. Il sent ses joues chauffer, ses poings se serrer, ses larmes monter. Mais le mot, il ne l'a pas. Il l'apprend le jour où un adulte s'accroupit à sa hauteur et lui dit : « Tu es en colère. »

Une femme accroupie à la hauteur d'un jeune enfant en colère, une main posée doucement sur son bras, qui lui parle dans une lumière dorée
Un enfant ne sait pas qu'il est en colère tant qu'un adulte ne le lui a pas nommé. Chaque mot d'émotion se reçoit.Touche l'image pour l'agrandir

Chez les enfants de 2 à 5 ans, « content », « fâché » et « triste » arrivent d'abord ; la peur, la surprise et le dégoût bien plus tard (Widen et Russell). À deux ans, beaucoup confondent encore « triste » et « fâché ». Chaque mot d'émotion se reçoit. Aucun ne tombe du ciel.

Alors la vraie question n'est pas « pourquoi je n'y arrive pas ». C'est : qui me les a appris ? Six réponses, qui se superposent presque toujours.

1. L'attachement : se taire pour ne pas perdre le lien

Pour un enfant, le lien avec l'adulte qui s'occupe de lui est vital. Alors il s'adapte :

  • ses larmes agacent : il ne pleure plus ;
  • sa colère fait crier : il l'avale.

Ce n'est pas de l'obéissance, c'est de la survie. Il garde le lien, il perd le mot.

Adulte, tu éteins ce qui monte avant même de savoir ce que c'est. Te taire te paraît plus sûr. Mais à l'intérieur, ça gronde, comme chez les bébés qui ne pleuraient pas : ils ressentaient tout, ils avaient appris à ne pas le montrer.

2. Des parents qui ne savaient pas eux-mêmes

On ne transmet que ce qu'on a reçu. Face au chagrin ou à la colère d'un enfant, le psychologue John Gottman observe deux attitudes :

  • accompagner : remarquer l'émotion, la nommer (« tu es triste parce que ton copain est parti »), s'en servir pour se rapprocher ;
  • la faire disparaître : « ce n'est rien », « arrête », « va jouer ». Pas par méchanceté : l'émotion leur fait peur.

Pose-toi la question : as-tu déjà entendu ta mère ou ton père dire « je suis triste », « j'ai peur », « je suis déçu » ? Beaucoup des personnes que j'accompagne répondent non. Des soupirs, des portes qui claquent, des silences. Jamais le mot.

Et ça se transmet : chez des adolescents suivis en Italie, la difficulté à nommer ses émotions était souvent aussi celle de leurs deux parents (Gatta, 2017 ; Mannarini, 2018). Ce ne sont pas des familles défaillantes. Ce sont des familles où personne n'a jamais eu le dictionnaire.

3. Des générations où l'on tenait

Nos grands-parents ont grandi avec la guerre, les privations, les deuils. Il fallait tenir, être fort, serrer les dents. Nos parents ont été élevés avec les mêmes règles.

La sociologue Arlie Hochschild les appelle, depuis 1979, les règles de sentiment★Normes partagées par une société, une époque ou un milieu, qui fixent ce qu'on a le droit de ressentir dans une situation, et ce qu'on a le droit de montrer. : ce qu'une époque permet de ressentir et de montrer.

  • À un enterrement : être triste, mais pas trop.
  • Au travail : ne pas se mettre en colère.
  • Une mère : ne pas être épuisée.

Ces règles ne s'écrivent nulle part. Elles s'apprennent par le regard des autres.

On parle bien plus des émotions aujourd'hui. Mais parler des émotions n'est pas dire les siennes : beaucoup de parents lisent sur l'éducation bienveillante sans savoir dire ce qu'ils ressentent.

4. L'école t'a appris à lire, pas à te comprendre

L'école t'a appris la grammaire, les fractions, les fleuves de France. Jamais à quoi sert la peur, ni comment on reconnaît une déception.

En France, les cours d'empathie n'existent en maternelle et en élémentaire que depuis la rentrée 2024, après une expérimentation dans plus de 1 000 écoles. Autrement dit : aucun adulte d'aujourd'hui n'en a eu.

Ma position est claire : c'est une excellente chose, qui arrive très tard. Apprendre à nommer ses émotions devrait être aussi normal qu'apprendre à lire.

5. « Les garçons ne pleurent pas », « une fille ne se met pas en colère »

La société ne coupe pas les mêmes émotions chez tout le monde :

  • aux garçons, la tristesse et la peur : « sois fort », « un homme, ça ne pleure pas » ;
  • aux filles, souvent la colère : « sois sage », « ne fais pas d'histoires ».

Ronald Levant l'a décrit dès 1992 : les garçons découragés d'exprimer leurs émotions ont du mal, adultes, à les identifier. En Finlande, la difficulté marquée touche 16,6 % des hommes contre 9,6 % des femmes (Salminen, 1999).

Chez Julien, tout passe par « je suis énervé » ou « je suis crevé ». Chez Léa, la colère se déguise en larmes, en fatigue, en « je suis stressée ». Dans les deux cas, l'émotion interdite a pris le nom d'une émotion autorisée.

6. Quand le cerveau va plus vite que les mots

Parfois, le dictionnaire n'a même pas le temps de s'ouvrir.

  • Avec un TDAH, les émotions arrivent vite et fort, et repartent avant d'être nommées : 22 à 41 % des adultes TDAH ont une difficulté marquée à les identifier.
  • Avec une hypersensibilité, tout arrive à la fois : le bruit, la lumière, l'humeur des autres, ta propre émotion. Tout agresse, et forme un bloc.
  • Dans un foyer insécurisant, l'enfant surveille le moindre bruit, la moindre intonation. Il ne reste plus de place pour son monde intérieur (Tarquinio et Auxéméry). C'est pour ça que tu lis si bien les autres.
  • Après un choc, le système nerveux brouille ce qu'on ressent pour continuer d'avancer.

Tu as reconnu une raison ? Deux ? Quatre ? C'est normal. Et ça veut dire : ce que tu vis a une origine, et ce qui a une origine peut changer. Mais d'abord, mettons un nom sur le problème lui-même.

Est-ce que ça a un nom ?3. Alexithymie : un mot grec pour « pas de mots pour l'émotion », qui touche plus d'une personne sur dix

L'alexithymie★Du grec a (sans), lexis (le mot) et thumos (l'émotion). Difficulté à identifier ses émotions, à les distinguer des sensations du corps et à les dire avec des mots., c'est la difficulté à identifier ses émotions, à les distinguer des sensations du corps et à les dire. Ce n'est ni une maladie, ni un diagnostic à se coller : c'est une façon de vivre ses émotions, de légère à marquée.

Le mot vient du grec : a (sans), lexis (le mot), thumos (l'émotion). Il recouvre trois difficultés :

  1. identifier : « il y a quelque chose, mais quoi ? »
  2. distinguer l'émotion de la sensation : ma gorge serrée, c'est de la peur ou une angine qui commence ?
  3. la dire à quelqu'un d'autre.

S'y ajoute une pensée tournée vers l'extérieur : les faits, ce qu'il faut faire, plutôt que ce qui se passe dedans (Tarquinio et Auxéméry).

Elle peut être un trait, présent depuis toujours, ou un état passager après un choc. Une forme marquée touche 12,8 % de la population (Salminen), une forme légère bien davantage. Un questionnaire de référence, la TAS-20★Toronto Alexithymia Scale, questionnaire de 20 questions qui mesure les trois dimensions de l'alexithymie. Il oriente, il ne pose pas de diagnostic., oriente en vingt questions. Il ne dit pas qui tu es.

Mais un nom ne suffit pas. Ce qui te manque, ce sont les mots eux-mêmes, et ce qu'ils veulent dire.

C'est quoi, au fond, la colère ?4. Ce que personne ne t'a expliqué : chaque émotion en une phrase

Chaque émotion de base porte un message précis : la colère, une limite franchie ; la peur, un danger ; la tristesse, une perte ; le dégoût, un rejet ; la surprise, une alerte ; la joie, ce qui te nourrit ; la confiance, un appui ; l'anticipation, ce qui se prépare.

Une émotion n'est pas un défaut de fabrication. C'est une information. Chacune a même sa carte dans le corps : des centaines de personnes ont colorié l'endroit où elles la sentaient, et les cartes se ressemblaient (Nummenmaa, 2014). On retient en général six émotions de base ; Robert Plutchik en compte huit, avec la confiance et l'anticipation.

L'émotionCe qu'elle te ditOù on la sent souvent
La colèreUne limite a été franchie. Quelque chose d'important pour toi n'est pas respecté.Chaleur dans la poitrine, les bras, la mâchoire
La peurUn danger approche, réel ou imaginé. Il faut te protéger.Cœur qui s'emballe, ventre noué, souffle court
La tristesseTu as perdu quelque chose ou quelqu'un. Il faut du temps et du soutien.Poitrine lourde, gorge serrée, bras et jambes sans force
Le dégoûtCe qui est là ne te convient pas : un aliment, une situation, un comportement.Gorge, ventre, envie de reculer
La surpriseQuelque chose d'inattendu arrive. Fais attention.Souffle coupé, poitrine qui se soulève
La joieCe qui se passe te fait du bien, te nourrit. Garde-le.Chaleur dans tout le corps, légèreté
La confianceTu peux t'appuyer sur quelqu'un ou sur quelque chose. Tu peux baisser la garde.Épaules qui se relâchent, souffle plus ample
L'anticipationQuelque chose se prépare. Ton attention se tourne vers ce qui vient.Élan vers l'avant, attention en éveil, haut du corps tendu

Et le « stress » ? Ce n'est pas une émotion de base. C'est la valise où l'on range toutes les autres quand on n'a pas leur nom. On l'ouvre plus bas.

Chacune aura son article dans la série « Ce que ton émotion essaie de te dire ».

À quoi ça sert de les nommer ?5. « Ça ne sert à rien » ? Nommer calme l'alarme de ton cerveau, et presque personne ne le croit

Mettre un mot sur une émotion fait baisser l'activité de l'amygdale, la zone d'alarme du cerveau. C'est mesuré en imagerie. Et plus tu as de mots précis, mieux tu traverses le stress.

« Apprendre les émotions, ça ne sert à rien. Je les sens, ça suffit. » C'est l'objection que j'entends le plus. Elle est fausse, et la science le montre en trois temps. Le deuxième est le plus surprenant :

  • Nommer calme le cerveau. En 2007, l'équipe de Matthew Lieberman montre, dans un scanner, des visages en colère ou effrayés. Dès que les volontaires choisissent un mot (« colère », « peur »), l'activité de leur amygdale★Petite structure en forme d'amande, au cœur du cerveau. Elle détecte le danger et déclenche l'alarme : cœur qui accélère, muscles qui se tendent. baisse. Le simple fait de nommer calme l'alarme.
  • Personne ne le croit. En 2011, les participants sont persuadés que nommer va aggraver leur malaise. En réalité, ça les apaise autant que se changer les idées, et ils n'y croient toujours pas après l'avoir vécu. Si tu doutes, tu n'es pas seule.
  • Plus de mots, moins de dégâts. Les chercheurs parlent de granularité émotionnelle★Capacité à distinguer finement ses émotions : savoir dire « déçue », « humiliée » ou « inquiète » plutôt que « mal » ou « stressée ».. Ceux qui disent « déçue » ou « humiliée » plutôt que « mal » recourent moins à l'alcool et à l'agressivité, et leur anxiété est moins sévère (Kashdan, 2015).

Mais ce n'est pas tout. Le plus utile se cache dans ta valise.

Ouvrir la valise « je suis stressée »

Une valise ancienne ouverte sur un parquet doré, étiquettes kraft : je suis stressée, peur, colère, tristesse, culpabilité, impuissance
« Je suis stressée », c'est la valise. Dedans, de la peur, de la colère, de la tristesse, de la culpabilité, de l'impuissance. Chacune protège un besoin différent.Touche l'image pour l'agrandir

Reprends Nathalie. « Je suis stressée » ne lui disait ni d'où ça venait, ni quoi faire. « J'ai peur pour ma mère », si. Elle a appelé sa mère, organisé de l'aide, et pu dire à son conjoint ce qui se passait. Ses douleurs ont diminué dans les semaines qui ont suivi.

Dans « je suis stressée », il y a presque toujours plusieurs émotions :

  • de la peur : « et si je n'y arrive pas ? », « et s'il lui arrive quelque chose ? » ;
  • de la colère : « encore moi qui dois tout porter » ;
  • de la tristesse : « ce n'est pas la vie que je voulais » ;
  • parfois de la culpabilité : « je devrais en faire plus » ;
  • de l'impuissance : « je ne peux rien faire pour l'aider ».

Chacune protège un besoin : la peur, ta sécurité ; la colère, tes limites ; la tristesse, le droit de perdre et d'être consolée. Tant que tout reste dans la valise, tu essaies de « gérer ton stress », et ça ne marche pas. Le stress n'est pas le problème. Ce n'est que l'emballage.

Est-ce trop tard pour apprendre ?6. À 40 ou 50 ans, les mots s'apprennent encore : comme une langue, pas comme un don

Non, ce n'est pas trop tard. Les mots des émotions s'apprennent comme une langue étrangère, par la pratique, à tout âge.

« Je suis comme ça depuis toujours. » Je l'entends aussi. Mais tu n'es pas « comme ça » : tu es quelqu'un à qui on n'a jamais appris ce langage. Personne ne se dit « je suis comme ça » parce qu'il ne parle pas japonais.

Comme une langue apprise adulte, les mots viennent en trois temps :

  1. en différé : « hier soir, j'étais en colère » ;
  2. de plus en plus près du moment ;
  3. sur le moment.

En séance, ton histoire d'abord : elle me dit ce qui a bloqué les mots. Puis, avec l'EFT, chaque ronde nomme ce qui est là : « Même si j'ai cette boule dans la gorge, et que je ne sais pas encore ce que c'est… ». Séance après séance, « cette boule » devient « cette peur », puis « cette peur d'être abandonnée ».

Combien de séances ? Ça dépend de ce qui a bloqué les mots et de ton rythme. Ce que je sais, c'est que le premier mot juste soulage souvent bien plus qu'on ne l'imagine.

Et tu peux commencer dès ce soir, seule.

Comment je fais, ce soir ?7. Du « je suis stressée » au mot juste : la méthode en 6 étapes

On part du corps, on trie avec deux questions, on choisit un mot sur une roue des émotions. Un mot approximatif suffit. On s'entraîne d'abord le soir, après coup.

  1. Pars du corps (30 secondes). Ferme les yeux. Où ? Poitrine, gorge, ventre, mâchoire, peau. Comment ? Serré, chaud, lourd, agité, vide, piquant. La sensation d'abord, le mot ensuite.
  2. Pose deux questions (10 secondes). Agréable ou désagréable ? Fort ou léger ? La moitié des possibilités tombe déjà (c'est la méthode que décrit Pascale Michelon, docteure en psychologie cognitive).
  3. Prends la roue des émotions. Chaque pétale est une émotion de base. Vers le centre, elle devient plus intense (la colère devient rage) ; vers l'extérieur, plus légère (la colère devient contrariété). Entre deux pétales, les mélanges : la joie et la confiance donnent l'amour. Choisis le mot le plus proche.
extasejoiesérénitéadmirationconfianceacceptationterreurpeurappréhensionétonnementsurprisedistractionchagrintristessesongerieaversiondégoûtennuiragecolèrecontrariétévigilanceanticipationintérêtamoursoumissioncraintedésappointementremordsméprisagressivitéoptimisme
La roue des émotions de Robert Plutchik : huit émotions de base, plus intenses vers le centre, plus légères vers l'extérieur, et leurs mélanges entre les pétales. Garde-la sur ton téléphone.Touche la roue pour l'agrandir
  1. Accepte le mot d'à côté. « Quelque chose comme de la déception » est déjà une victoire. Il te faut juste un mot plus précis que « stressée ».
  2. Cherche le besoin. « De quoi j'aurais besoin ? » La déception mène à « j'avais besoin qu'on tienne parole » ; la peur, à « j'ai besoin d'être rassurée ».
  3. Tapote en nommant (2 minutes). Avec deux doigts, tapote le tranchant de ta main en disant : « Même si je ne sais pas encore ce que c'est, je sens quelque chose là, dans ma poitrine. » Puis tapote les points du visage et du haut du corps en répétant « ce truc dans ma poitrine ». Souvent, le mot arrive en tapotant. Les points et le déroulé sont dans mon article sur une séance d'EFT.

À tester ce soir, en 5 minutes

  1. Repense à un moment de la journée où tu t'es sentie « stressée ».
  2. Où était-ce dans ton corps, et comment ?
  3. Agréable ou désagréable, fort ou léger ?
  4. Choisis un mot sur la roue, même approximatif. Écris-le.
  5. Écris à côté : « J'avais besoin de… »

Un mot par soir suffit. Au bout de quelques semaines, tu auras ton propre dictionnaire.

Et avec ton enfant

Le plus puissant, c'est toi : nomme tes émotions à voix haute devant lui (« je suis agacée parce que je suis en retard »). Tu lui donnes le dictionnaire que tu n'as pas eu. Et quand il pleure ou crie, avant de le calmer, nomme ce qu'il ressent : « Tu es en colère parce que ton frère a pris ton jeu. »

J'accompagne aussi des enfants avec leurs parents. Une maman, après un travail sur les émotions de sa fille de 7 ans, l'a écrit dans son avis : « Elle a su trouver les bons outils pour nous aider au quotidien. »

J'ai une question précise8. Tes questions

Quelle est la différence entre une émotion et un sentiment ?

L'émotion est la réaction du corps, brève et rapide : le cœur qui s'accélère, la gorge qui se serre. Le sentiment, c'est ce que tu en perçois et ce que tu en fais dans la durée. Pour le neurologue Antonio Damasio, l'émotion se joue dans le corps, le sentiment dans l'esprit. D'où des émotions sans sentiment clair : le corps a réagi, le mot n'a pas suivi.

Combien existe-t-il d'émotions ?

Ça dépend de la façon de compter : six émotions de base pour le psychologue Paul Ekman, huit pour Robert Plutchik. En 2017, à Berkeley, Alan Cowen et Dacher Keltner en ont distingué 27 à partir de plus de 2 000 vidéos, de l'admiration à la nostalgie. Bien plus que « bien », « mal » et « stressée ».

Pourquoi je pleure quand je suis en colère ?

Très souvent, sous la colère, il y a de l'impuissance. Ad Vingerhoets, le chercheur néerlandais spécialiste des larmes, en fait le fil commun de la plupart des pleurs : tu es en colère, et tu sens que tu ne peux rien changer. Ce n'est pas de la faiblesse, ce sont deux informations à nommer.

Faut-il exprimer toutes ses émotions pour aller mieux ?

Non. Nommer n'est pas décharger. Des personnes en colère qui ont tapé dans un sac de frappe en sont sorties plus agressives que celles qui n'avaient rien fait (Bushman, 2002). Ce qui apaise, c'est de nommer l'émotion, puis de chercher son besoin. Tu peux dire « je suis en colère » calmement.

Écrire ce que je ressens, ça aide vraiment ?

Souvent, oui, parce qu'écrire oblige à chercher les mots. Dans les années 1980, James Pennebaker a fait écrire des étudiants quinze minutes par jour, quatre jours de suite, sur une expérience difficile : ils ont ensuite moins consulté pour des maladies. Les études récentes sont plus nuancées. Si ça te soulage, garde-le ; si ça t'enfonce, parles-en plutôt à quelqu'un.

Que répondre quand on me demande ce que je ressens et que je ne sais pas ?

La vérité, simplement : « Je sens quelque chose, mais je n'ai pas encore le mot. Laisse-moi un moment. » Elle évite le « laisse tomber » et te laisse le temps de passer par le corps. Puis reviens avec ce que tu as trouvé, même approximatif : « Je crois que c'était de la déception. »

Et si, malgré tout ça, rien ne vient ? Si le bloc reste un bloc ? Alors il vient sans doute de plus loin.

Et si ça ne suffit pas, seule ?9. Quand le blocage vient de loin : ce que je fais en séance, et par où on commence

Quand les mots ont été bloqués par une histoire lourde (un choc, une enfance où l'émotion était dangereuse), les exercices seuls ne suffisent pas toujours. On commence alors par ton histoire.

Mon accompagnement en libération émotionnelle n'est pas une technique. C'est un ensemble, ajusté à ce que je rencontre chez toi, qui relie le corps, l'esprit et l'âme :

  • la psychoéducation, toujours : comprendre ce qui se passe en toi fait déjà partie du travail ;
  • l'hypnose, présente dans ma façon de parler et de mener la séance ;
  • l'EFT, par le corps et les émotions, ou l'EMDR, par la voie neurologique, là où un souvenir est resté bloqué ;
  • la psycho-énergétique, quand c'est par là que la porte s'ouvre.

On commence toujours par apaiser ce qui fait mal aujourd'hui. Les mots viennent avec.

Ce que je fais, et ce que je ne fais pas

Je ne suis ni médecin ni psychologue, et je ne pose aucun diagnostic. Si ta difficulté s'accompagne d'une tristesse qui ne passe pas, d'idées noires ou de troubles qui t'inquiètent, ton médecin passe en premier. Ce que je fais : t'aider à te reconnecter à tes émotions et à leurs mots, avec des outils que tu gardes, en toute autonomie.

Concrètement

  • Où : en cabinet à Hérouville-Saint-Clair, près de Caen, ou en visio partout en francophonie.
  • Combien de temps : 1 h 30 la première séance, pour avoir le temps de reprendre ton histoire. 1 h à 1 h 15 ensuite.
  • Combien : 89 € la séance.
  • Annulation ou report : jusqu'à 72 heures ouvrées avant le rendez-vous.
  • Combien de séances : plusieurs. Le rythme, c'est toi qui le choisis : une séance par semaine avance plus vite qu'une séance par mois. Et cela dépendra de ce qui est caché sous le tapis.

Tu ne sais pas si c'est pour toi, ou par où commencer ? C'est exactement à ça que sert l'appel clarté. Et tu n'as pas besoin d'attendre que ça déborde pour en parler.

Appel clarté

Par où on commence ?

Trente minutes, gratuites, sans engagement. Je te propose cet appel parce que c'est le seul moyen de savoir d'où vient ton blocage, et donc par où commencer : l'accompagnement en libération émotionnelle, l'énergétique, ou autre chose. Si je pense que ce n'est pas moi qu'il te faut, je te le dis et je t'oriente.

Réserve ton appel clarté : 30 minutes, gratuit

Et si ce n'est pas le moment, c'est très bien aussi. Tu sais déjà par où commencer ? Prends directement une séance.

« Je suis stressée » n'est pas une fin. C'est une valise fermée, avec plusieurs mots dedans. Tu as maintenant les trois questions pour l'ouvrir. Le premier mot juste peut arriver dès ce soir.

Mini-lexique

●Alexithymie

Difficulté à identifier ses émotions, à les distinguer des sensations du corps et à les dire. Du grec : sans mots pour l'émotion.

●Amygdale

Structure du cerveau qui détecte le danger et déclenche l'alarme. Nommer une émotion fait baisser son activité.

●Granularité émotionnelle

Capacité à distinguer finement ses émotions : « déçue » plutôt que « mal ».

●Règles de sentiment

Normes d'une société ou d'une époque qui fixent ce qu'on a le droit de ressentir et de montrer (Arlie Hochschild).

●Émotions de base

Les émotions qu'on retrouve chez tous les humains : joie, tristesse, peur, colère, dégoût, surprise. Robert Plutchik y ajoute la confiance et l'anticipation.

●Pensée tournée vers l'extérieur

Tendance à penser en faits et en actions plutôt qu'en ressentis. Elle accompagne souvent l'alexithymie.

●TAS-20

Questionnaire de 20 questions qui repère l'alexithymie. Il oriente, il ne pose pas de diagnostic.

●Hypervigilance

Attention constamment tournée vers les signaux de danger extérieurs, au détriment du monde intérieur.

Portrait d'Aurélie Ferrari, psychopraticienne et énergéticienne à Hérouville-Saint-Clair

Aurélie Ferrari, psychopraticienne, énergéticienne et enseignante. Je t'aide à retrouver ton équilibre mental, émotionnel et énergétique.

Je me forme sans interruption depuis 2016. Certifiée en EFT clinique, praticienne EMDR-DSA, formée à l'hypnose ericksonienne, aux Fleurs de Bach et à l'aromathérapie. J'enseigne les pratiques énergétiques au sein de l'École de Tara.

Membre de l'IFPEC, l'Institut Français de Psychologie Énergétique Clinique, je suis supervisée, sur les situations complexes, par le professeur Lamine Faye, psychiatre, qui dirige l'Institut de recherche et d'étude de la psychopathologie de l'Université de médecine de Dakar.

Plus d'une centaine de personnes accompagnées, en cabinet à Hérouville-Saint-Clair, près de Caen, et en visioconférence dans tout l'espace francophone. Mon parcours complet.

Sources et pour aller plus loin

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  • Jean-Michel Gurret, Finis les chagrins, les peurs et les colères avec l'EFT (la roue de Plutchik).
  • Robert Plutchik, « The nature of emotions », American Scientist, 2001 ; roue des émotions d'après la version française du domaine public de Wikimedia Commons.