Ils ne pleuraient pas.
Dans les années 1970, la psychologue Mary Ainsworth sépare quelques minutes des bébés d'un an de leur mère. La plupart pleurent. Certains, non. Ils jouent, calmes. Indifférents, en apparence.
Puis elle mesure leur cœur. Il bat aussi vite que celui des bébés qui hurlent. Et leur cortisol, l'hormone du stress, grimpe plus haut.
Ces bébés ressentaient tout. Ils avaient seulement appris que montrer leur détresse ne ramenait personne.
Un adulte sur quatre fonctionne encore sur ce mode (Persiaux, 2022). Tu dis « ça va » d'une voix plate. Tu ne pleures plus. Les bonnes nouvelles ne te font plus rien. Tu n'as pas perdu tes émotions : ton cerveau les a mises sur pause.
Ce réglage a un défaut. On ne baisse pas la douleur à la carte. Quand elle s'éteint, la joie s'éteint avec.
Pourquoi ? Et surtout, comment on le remet en service ? Tout commence par le corps.
Aurélie Ferrari, psychopraticienne, énergéticienne et enseignante. Je t'aide à retrouver ton équilibre mental, émotionnel et énergétique.
Je me forme sans interruption depuis 2016. D'abord aux pratiques énergétiques, puis à la thérapie. Et j'ai fini par inverser l'ordre : aujourd'hui, je commence toujours par les émotions. Parce qu'un corps qu'on apaise sans regarder ce qui l'agite se remet à s'agiter.
Certifiée en EFT clinique, praticienne EMDR-DSA, formée à l'hypnose ericksonienne, aux Fleurs de Bach et à l'aromathérapie. J'enseigne les pratiques énergétiques au sein de l'École de Tara.
Membre de l'IFPEC, l'Institut Français de Psychologie Énergétique Clinique, je suis supervisée, sur les situations complexes, par le professeur Lamine Faye, psychiatre, qui pratique l'EFT clinique dans ses consultations. Il dirige l'Institut de recherche et d'étude de la psychopathologie de l'Université de médecine de Dakar, où il a créé le master de psychothérapie.
Plus d'une centaine de personnes accompagnées, en cabinet à Hérouville-Saint-Clair, près de Caen, et en visioconférence dans tout l'espace francophone. Mon parcours complet.
Au sommaire
La déconnexion émotionnelle ne ressemble pas à de la tristesse. Elle ressemble à une absence. Les journées passent, tu fonctionnes, tu fais ce qu'il faut, mais presque rien ne te touche vraiment, ni en bien ni en mal.
Les personnes que je reçois en séance ne disent presque jamais « je suis déconnectée de mes émotions ». Elles disent « ça va », « je suis fatiguée », « je ne sais pas trop ». La déconnexion apparaît au détour d'une phrase. Les signes que je rencontre le plus souvent :
Chez les personnes TDAH, ce besoin d'agir pour ne plus ressentir est souvent confondu avec l'hyperactivité. Chez les personnes hypersensibles, la déconnexion surprend davantage encore : « moi qui ressentais tout ». C'est justement l'un des chemins qui y mènent, on y revient plus bas.
Les prénoms et les histoires de cet article sont composés à partir de plusieurs personnes que j'ai accompagnées.
Claire a 44 ans. Elle a tout organisé pour l'anniversaire de sa fille. Les invités sont ravis. Sa fille rayonne. Claire sourit sur toutes les photos. Le soir, en rangeant les assiettes, elle s'arrête net. Elle n'a rien ressenti. Pas une seconde de joie. Rien.
Et c'est ça qui lui fait peur. Pas la tristesse. Le vide.
Une petite voix te dit que tu es devenue froide. Qu'il y a quelque chose de cassé chez toi. C'est faux. Tu n'es ni froide, ni sans cœur, ni défaillante. Tu ne manques pas d'empathie : beaucoup de personnes déconnectées de leurs émotions continuent de prendre soin des autres avec une grande attention. Ce qui s'est éteint, c'est l'accès à ce que toi, tu ressens. Et cette protection a eu sa raison d'être.
| Je ne ressens plus | Je ressens, mais je ne sais pas quoi | |
|---|---|---|
| Ce que tu vis | Le vide, le plat, une intensité très faible | Un bloc confus, « je me sens mal » sans pouvoir préciser |
| Les mots savants | Engourdissement, anesthésie émotionnelle, dissociation | Alexithymie |
| Le chemin | Remonter l'intensité, en commençant par le corps | Apprendre à mettre des mots sur ce que l'on ressent |
Les deux situations se mélangent souvent. Si tu te reconnais surtout dans la deuxième colonne, lis l'article où j'explique pourquoi les mots te manquent, et comment les apprendre.
L'engourdissement émotionnel, c'est quand les émotions arrivent en sourdine. La dissociation, c'est quand le lien avec soi-même ou avec le monde se distend. L'anhédonie, c'est quand plus rien ne fait plaisir. Les trois peuvent se combiner.
Les trois, côte à côte. Repère la colonne qui te ressemble le plus.
| Engourdissement émotionnel | Dissociation | Anhédonie | |
|---|---|---|---|
| Ce qui se passe | Les émotions arrivent en sourdine, très atténuées | Le lien avec toi-même ou avec le monde se distend | Le plaisir disparaît |
| Ce que tu te dis | « Je sais que je devrais être contente, mais rien ne monte » | « J'ai l'impression d'être à côté de moi » | « Plus rien ne me fait envie » |
| Au quotidien | Des fleurs offertes ne te touchent pas, ta chanson préférée ne te fait plus rien | Tu te vois agir de l'extérieur, ta voix semble lointaine, le monde paraît irréel, comme dans un brouillard | Ce que tu aimais (sorties, loisirs, bons repas) ne t'attire plus |
| Dans le corps | Tu sens moins la faim, la fatigue, le froid, le plaisir | Tes mains ou ton corps ne semblent pas à toi, tête « pleine de coton » | Lourdeur, manque d'élan, tout demande un effort |
| Souvent lié à | Un épuisement, un choc, une dépression ou un traitement | Un choc, un traumatisme, un stress très intense | Une dépression, un épuisement, un deuil |
| Le signal d'alerte | Ça dure depuis des semaines | Les épisodes sont fréquents ou te font peur | Une tristesse qui ne passe pas (voir la partie 6) |
L'engourdissement émotionnel, qu'on appelle aussi anesthésie émotionnelle★Baisse globale de l'intensité des émotions, qui arrivent atténuées, en sourdine. Les émotions sont toujours là, mais on ne les sent presque plus., désigne une baisse globale de l'intensité de ce que tu ressens. Les émotions sont toujours là, mais elles arrivent atténuées, comme si quelqu'un avait tourné le bouton de l'intensité presque au minimum.
Concrètement, au quotidien, ça donne ceci :
Le DSM-5, le manuel de référence des psychiatres, rapporte une phrase typique des personnes concernées : elles savent qu'elles ont des sentiments, mais elles ne les ressentent pas. C'est la meilleure description que je connaisse de cet état.
Quand cet engourdissement accompagne une dépression ou un traitement, les médecins parlent d'émoussement affectif★Nom médical de l'engourdissement émotionnel quand il accompagne une dépression ou un traitement médicamenteux.. Dans une grande enquête menée auprès de 669 personnes sous antidépresseurs, environ 46 % le rapportaient (Goodwin et collègues, 2017). Ce n'est pas seulement le médicament : l'émoussement suit aussi la sévérité de la dépression elle-même.
La dissociation★Distension du lien avec soi-même ou avec le monde. Elle va du simple pilote automatique, que tout le monde connaît, à des épisodes plus marqués. va un cran plus loin. En plus de l'intensité qui baisse, le lien avec toi-même ou avec le monde se distend. Le DSM-5 en décrit deux formes, avec des exemples très concrets.
Te sentir détachée de toi-même, ce que les professionnels appellent la dépersonnalisation★Forme de dissociation : se sentir détaché de soi, de ses pensées, de son corps ou de ses émotions, comme si une partie de soi observait pendant que l'autre agit.. Par exemple :
Sentir le monde comme irréel, la déréalisation★Forme de dissociation : les lieux et les personnes paraissent irréels, lointains, comme dans un rêve ou dans un brouillard.. Par exemple :
Une forme légère de dissociation est universelle : arriver chez soi en voiture sans se souvenir du trajet. Ce qui doit alerter, c'est qu'elle devienne ton état habituel, ou qu'elle s'installe après un choc.
Pendant ces moments, tu sais que c'est une impression. Le DSM-5 le souligne : la conscience de la réalité reste intacte. Tu ne « deviens pas folle ». Ton cerveau te met à distance de ce qui fait trop mal, c'est tout.
L'anhédonie★Perte de la capacité à éprouver du plaisir. Signe central de la dépression, on la retrouve aussi dans l'épuisement, le deuil ou le stress post-traumatique. désigne la perte du plaisir : ce qui te faisait envie ne te fait plus envie. C'est l'un des signes principaux de la dépression : prends-la au sérieux (les trois cas où le médecin passe en premier sont dans la partie 6). On la retrouve aussi dans l'épuisement, après un deuil ou dans le stress post-traumatique.
On se déconnecte de ses émotions quand les ressentir devient trop douloureux. Le système nerveux baisse alors leur intensité pour te permettre de continuer à vivre. C'est une adaptation qui se fait malgré toi, et elle a toujours une histoire.
Plusieurs raisons se superposent presque toujours. Pour chacune : ce qui se passe à l'intérieur, comment ça se voit aujourd'hui, un exemple. Tu vas sûrement te reconnaître dans plus d'une.
Ce qui se passe. Pour un enfant, le lien avec ses parents est vital, au sens propre : sans eux, il ne survit pas. Quand ses émotions dérangent (« arrête de pleurer », « ce n'est rien », un parent débordé, absent ou lui-même en souffrance), il comprend que les montrer met ce lien en danger. Alors il baisse leur intensité. Gwénaëlle Persiaux, qui a consacré un livre à ce sujet, insiste sur un point : ce n'est pas une décision, c'est une adaptation qui se construit malgré soi.
C'est ici que la théorie de l'attachement★Théorie née des travaux de John Bowlby et Mary Ainsworth : la façon dont nos premiers liens ont répondu à nos besoins façonne notre manière de vivre nos émotions et nos relations. éclaire tout. Les bébés qui ne pleuraient pas, au début de cet article, Mary Ainsworth les appelle les bébés « évitants ». Indifférents au départ comme au retour de leur mère, en apparence. Le cœur à toute vitesse et le cortisol en hausse, en réalité. Ils ressentent tout autant. Ils ont appris que montrer leur détresse ne ramenait pas de réconfort.
« Ces bébés ne ressentaient pas moins que les autres. Ils avaient appris à ne plus le montrer. Avec le temps, beaucoup finissent par ne plus le sentir. »
Comment ça se voit aujourd'hui. Une grande autonomie, « je n'ai besoin de personne », un malaise face aux émotions des autres, des relations où tu es présente sans être vraiment touchée. Un adulte sur quatre fonctionne sur ce mode (Persiaux, 2022), appelé attachement évitant★Style d'attachement construit quand exprimer ses émotions ne ramenait pas de réconfort. On réduit ce que l'on ressent pour garder le lien.. La culture du « sois forte » et du « les garçons ne pleurent pas » renforce encore ce mécanisme.
Un exemple. Nadia a grandi avec une mère dépressive. Petite, elle avait compris qu'elle ne devait pas « en rajouter ». Adulte, elle est celle sur qui tout le monde compte, et celle qui ne sait jamais répondre quand on lui demande comment elle va.
Bientôt sur le blog : l'attachement mérite un article à lui seul. Je lui en consacrerai un dans les prochaines semaines : les différents styles d'attachement, la façon dont ils se rejouent dans le couple et dans l'amitié, et comment on les fait évoluer à l'âge adulte.
Ce qui se passe. Face à un danger, ton système nerveux dispose de trois réponses. La première est de chercher de l'aide auprès des autres. Si ce n'est pas possible, il te prépare à te battre ou à fuir. Et quand ni l'un ni l'autre n'est possible, parce que le danger est trop grand ou que tu es trop petite pour y faire face, il active la plus ancienne réponse de toutes : le figement★La plus ancienne réponse de défense : quand on ne peut ni fuir ni combattre, le corps ralentit tout, économise son énergie et baisse sa perception de la douleur.. C'est la réaction de l'animal qui fait le mort.
Ce que le figement économise, Stephen Porges, le chercheur en neurosciences qui l'a le plus étudié, le décrit précisément. Le cœur ralentit, la respiration aussi, la tension artérielle baisse, les muscles perdent leur tonus. Ce ralentissement réduit les besoins du corps : il économise son énergie pour tenir le plus longtemps possible. Et surtout, il élève le seuil de perception de la douleur. Le corps économise de l'énergie, et il économise de la souffrance. Il coupe ce qui fait mal, et avec, tout le reste.
Comment ça se voit aujourd'hui. Après un accident, une agression, un deuil brutal, ou des années d'insécurité, l'engourdissement s'installe et reste, alors que le danger est passé depuis longtemps. Ton système nerveux n'a pas reçu le signal que c'était fini. C'est l'intensité baissée, le bas de ta fenêtre de tolérance★La zone dans laquelle on peut ressentir ses émotions sans être submergé ni déconnecté. Au-dessus, l'hyperactivation ; en dessous, l'hypoactivation. : l'hypoactivation★Le bas de la fenêtre de tolérance : le système nerveux est au ralenti, on se sent vide, lourd, éteint..
Un exemple. Isabelle a eu un accident de voiture il y a trois ans. Physiquement, elle va bien. Mais depuis, elle a l'impression de « regarder sa vie de loin ». Elle n'a jamais fait le lien entre les deux.
Pour aller plus loin : j'ai détaillé l'hyperactivation, l'hypoactivation et la façon de reconnaître dans quel état tu te trouves dans mon article sur la fenêtre de tolérance.
Une partie des chercheurs discute le détail physiologique de la théorie de Porges (Grossman, 2023). Le figement, lui, ne se discute pas : c'est une réaction de défense documentée chez l'animal comme chez l'humain, et je la retrouve très souvent en séance.
Ce qui se passe. Quand tu tiens depuis trop longtemps (les enfants, le travail, un parent malade, l'argent, un couple qui va mal), ton corps passe en mode survie et sacrifie ce qu'il juge accessoire. La capacité à ressentir en fait partie. Les chercheurs qui étudient le burn-out décrivent ce mouvement : après l'épuisement émotionnel vient une prise de distance, une façon de se protéger qui finit par couper de tout (Boudoukha, d'après les travaux de Christina Maslach).
Comment ça se voit aujourd'hui. Plus d'envie, plus d'élan. Tu fonctionnes, tu remplis tes obligations, mais tu ne vis plus vraiment. Chez les personnes TDAH, qui dépensent chaque jour une énergie considérable à compenser, cet épuisement arrive souvent plus tôt qu'on ne le pense.
Un exemple. Sophie est cadre, mère de deux enfants et aidante de son père. Elle n'a pas pleuré depuis deux ans. Elle dit qu'elle n'a « pas le temps ». C'est vrai, et c'est aussi ce que son corps a décidé pour elle.
Ce qui se passe. Quand on ressent tout, plus fort et plus vite que les autres, la souffrance peut devenir insupportable. Se déconnecter devient alors une façon de survivre à sa propre intensité.
Comment ça se voit aujourd'hui. Une alternance entre des moments de submersion totale et des périodes de vide complet. Beaucoup de personnes hypersensibles se croient « pas si sensibles que ça », justement parce qu'elles sont, à ce moment-là, dans la phase de déconnexion. Je le vois très souvent en séance.
Ce qui se passe. Un deuil, une rupture, une fausse couche, un rêve abandonné, vécus sans espace pour pleurer, parce qu'il fallait tenir, s'occuper des autres, retourner travailler. La douleur non traversée ne disparaît pas. Pour ne pas la sentir, le système baisse l'intensité de tout.
Comment ça se voit aujourd'hui. Souvent par un « avant » et un « après » très nets : « depuis la mort de mon père, je ne ressens plus grand-chose ».
La dépression éteint le plaisir, c'est l'anhédonie dont on a parlé. Certains antidépresseurs peuvent atténuer les émotions. Et l'alcool, le cannabis ou les écrans en excès anesthésient aussi : on s'en sert souvent, sans le savoir, pour ne plus ressentir. Ici, le médecin passe en premier (voir la partie 6).
Tes émotions ne sont pas un luxe. Elles t'informent sur tes besoins, elles te relient aux autres, et sans elles, aucun travail de guérison profond n'est possible. On ne libère que ce que l'on ressent.
Chaque émotion te dit quelque chose de précis. La peur signale un danger. La colère, une limite franchie. La tristesse, une perte. La joie, ce qui te nourrit. Sans elles, tu avances sans boussole. Le psychiatre Bessel van der Kolk décrit des personnes coupées de leurs sensations qui ne savent plus quand elles ont faim, quand elles sont fatiguées, ni quand elles devraient se protéger. Ne plus ressentir, c'est perdre le contact avec ses propres besoins.
Tu aimerais couper seulement la peur. Seulement la tristesse. Garder le reste.
Ton corps ne sait pas faire ça.
Il n'a qu'un seul bouton. Quand il baisse la douleur, il baisse tout : la joie, la tendresse, l'envie, le désir. C'est pour ça que les gens qui viennent me voir parlent rarement de souffrance. Ils me disent : « je ne ris plus », « je ne ressens plus rien pour mes enfants », « c'est comme si c'était vide, comme s'il ne se passait plus rien à l'intérieur de moi ».
Les chiffres le confirment. Sous antidépresseurs, 46 % des personnes décrivent cet émoussement : la tristesse baisse, la joie aussi (Goodwin et collègues, 2017). Même bouton, même prix.
« Quand on éteint la douleur, on éteint aussi la joie. On ne baisse pas l'intensité à la carte. »
Mais ce n'est pas le plus important. Si tout a baissé ensemble, tout peut revenir ensemble. On ne va pas chercher la douleur pour elle-même. On apaise ce qui fait mal aujourd'hui, et la joie revient par la même porte, petit à petit.
Ce qui n'est pas ressenti ne disparaît pas. Van der Kolk observe que les maux physiques sans cause médicale évidente (migraines, douleurs chroniques, troubles digestifs, tensions de la nuque et du dos) sont omniprésents chez les personnes qui ont traversé des chocs. C'est pour cela que je regarde toujours le corps en séance : il raconte souvent ce que la personne ne sent plus.
Le psychiatre Henry Krystal, cité par van der Kolk, avait remarqué que beaucoup de ses patients réussissaient brillamment dans leur travail, mais vivaient des relations froides et distantes avec leurs proches. On peut tout réussir, et se sentir seule au milieu des siens. Ton entourage le perçoit aussi : on te dit parfois distante, alors que tu es déconnectée.
C'est le cœur de mon approche. L'EFT et l'EMDR ne travaillent pas sur une émotion qu'on ne sent pas : elles ont besoin d'un point d'entrée, une sensation, une image, une intensité. L'hypnose, elle, passe par l'inconscient et ouvre ce que la volonté n'atteint pas. Renouer avec ses émotions n'est donc pas une étape facultative. C'est la condition de la guérison.
La médecine chinoise le dit avec d'autres mots. L'émotion y est une énergie qui doit circuler ; retenue, elle stagne. Giovanni Maciocia, l'un de ses grands auteurs, relie la stagnation du Qi★En médecine chinoise, une énergie qui ne circule plus. Maciocia la relie notamment aux émotions retenues : colère, frustration, ressentiment, inquiétude, culpabilité. du Foie à la colère réprimée, à la frustration et au ressentiment, mais aussi à l'inquiétude et à la culpabilité. Je travaille avec les deux lectures, parce qu'elles se complètent : la psychologie explique pourquoi on retient, la médecine chinoise montre où ça se bloque.
Je l'entends souvent. Et je te crois.
Parler d'une émotion qu'on ne sent pas, c'est décrire une pièce dont la porte est fermée. Tu peux le faire très bien, pendant des années, sans jamais entrer. Ce n'est pas toi qui as échoué. Ce n'était pas la bonne porte, ou pas la seule.
Le premier temps, c'est ton histoire. Elle me dit ce qui a enclenché le mode pause. Ensuite, mon accompagnement en libération émotionnelle n'est pas une technique : c'est un ensemble, ajusté à ce que je rencontre chez toi, qui relie le corps, l'esprit et l'âme. La psychoéducation en fait toujours partie. L'hypnose est présente dans ma façon de parler et de mener la séance. Selon ce qui est le plus juste à l'instant, j'utilise l'EFT, qui passe par le corps et les émotions, ou l'EMDR, qui passe par la voie neurologique, là où le souvenir est resté bloqué.
Aucun outil ne suffit seul. C'est l'ensemble qui fonctionne : quand l'inconscient, le corps et l'émotion se remettent en accord.
On renoue avec ses émotions en commençant par le corps, avec des exercices courts qui réveillent doucement les sensations. Quand on est déconnectée, se calmer ne suffit pas : il faut d'abord se réveiller, sans forcer.
Pourquoi le corps ? Parce que c'est par lui que l'émotion arrive. Avant d'être un mot, la peur est un cœur qui s'accélère, la tristesse une gorge qui se serre. Les chercheurs appellent intéroception★La perception de ce qui se passe à l'intérieur du corps : battements du cœur, respiration, faim, tensions. C'est par elle que les émotions arrivent jusqu'à la conscience. cette capacité à percevoir ce qui se passe à l'intérieur de soi. C'est elle que l'on va réveiller.
Quand tu es déconnectée, ton système nerveux est déjà au ralenti : c'est l'hypoactivation. Les exercices de relaxation classiques ne suffisent pas, et peuvent même accentuer la sensation de vide. Babette Rothschild, spécialiste du trauma, observe d'ailleurs que chez certaines personnes qui ont vécu un traumatisme, la relaxation peut au contraire déclencher de l'agitation et de l'anxiété.
Il faut donc d'abord des exercices qui réveillent doucement. On garde les exercices de calme pour le moment où les émotions reviennent trop fort.
On ne réveille pas ses émotions en pleine tempête. Choisis un moment calme, un lieu où tu te sens en sécurité, et commence par cinq minutes, pas plus. Si quelque chose de trop fort remonte, arrête-toi et passe directement à la famille 3.
N° 1
5
choses que tu vois
Par exemple : la lumière sur le mur, la couleur du plaid, une plante, la forme de ta tasse, le motif du tapis
N° 2
4
choses que tu entends
Par exemple : le frigo qui ronronne, une voiture au loin, ta respiration, un oiseau dehors
N° 3
3
choses que tu touches
Par exemple : le plaid sous ta main, le sol sous tes pieds, le bois de la table
N° 4
2
choses que tu sens
Par exemple : l’odeur du café, celle de ton pull
N° 5
1
chose que tu goûtes
Par exemple : le goût de ta dernière gorgée de thé
Prends un pruneau, ou un raisin sec, et découvre-le comme si tu n'en avais jamais vu. Regarde-le : sa couleur brun-noir, ses reflets, ses rides. Touche-le : il est souple, collant, ridé sous tes doigts. Approche-le de ton oreille et presse-le doucement : écoute le petit bruit qu'il fait. Sens-le, à chaque inspiration. Puis pose-le sur ta langue sans le croquer, et goûte-le très lentement.
C'est la méditation du raisin sec, l'un des premiers exercices du programme de réduction du stress par la pleine conscience créé par Jon Kabat-Zinn. Elle convient bien quand l'environnement est trop agité pour l'exercice des cinq sens.
Un jour, quelque chose remonte. Des larmes sans raison apparente, une vieille colère, une grande fatigue, parfois une tristesse qui vient de très loin. C'est normal, et c'est même bon signe : l'intensité remonte. C'est aussi le moment où il ne faut pas rester seule, parce que ce qui revient avait été mis de côté pour une raison.
Quand les sensations reviennent, il faut aussi apprendre à leur donner un nom. C'est le sujet de l'article suivant de cette série, sur le « je suis stressée » et ce qui se cache derrière.
Fais-toi aider si la déconnexion dure depuis des semaines, si elle s'accompagne d'une perte d'envie pour tout, si les moments de dissociation sont fréquents, ou si ce qui remonte est trop lourd à porter seule.
Idées noires : le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit, jour et nuit, pour toi ou pour un proche. Danger immédiat : le 15.
Pour tout le reste, c'est mon travail.
Ton corps a baissé l'intensité émotionnelle en quelques secondes.
La remettre en service demande plusieurs séances. C'est plus long de rallumer que d'éteindre : il faut trouver ce qui a enclenché le mode pause, apaiser ce qui fait mal aujourd'hui, puis laisser la joie revenir, petit à petit. Le rythme, c'est toi qui le choisis : une séance par semaine avance plus vite qu'une séance par mois.
Au bout, il y a ce que tu crois perdu : le plaisir, la joie, ta vie intérieure.
Je t'accompagne en cabinet à Hérouville-Saint-Clair, près de Caen, ou en visio partout en francophonie, dans un accompagnement en libération émotionnelle qui relie le corps, l'esprit et l'âme : psychoéducation, hypnose intégrée à la séance, EFT clinique ou EMDR, et la psycho-énergétique quand c'est par là que la porte s'ouvre.
Accompagnement individuel
L'appel clarté sert à une chose : savoir par où commencer. Par la thérapie (EFT, EMDR, hypnose), par l'énergétique, ou par autre chose.
Réserve ton appel clarté : 30 minutes, gratuit
Sans engagement. Tu sais déjà par où commencer ? Prends directement une séance.La série « Ce que ton émotion essaie de te dire »
Pour aller plus loin sur le blog : la fenêtre de tolérance, la régulation émotionnelle, quand les émotions débordent, comment se passe une séance d'EFT, TDAH, hypersensibilité et anxiété et l'EFT, l'EMDR et l'hypnose à Caen ou en visio.
Pas forcément. Pose-toi une question simple : est-ce que tu ne ressens plus rien seulement pour lui, ou est-ce que tout s’est éteint, les amis, les loisirs, les bonnes nouvelles ?
Si c’est uniquement dans ton couple, c’est souvent la relation elle-même qui est en jeu : la fatigue, les blessures accumulées, le lien qui s’est distendu. Si c’est partout, c’est une déconnexion émotionnelle globale, et c’est elle qu’il faut regarder en premier. Les deux se mêlent souvent : une déconnexion générale éteint aussi le désir et la tendresse.
C’est une réaction fréquente, surtout dans les premiers temps d’un deuil. Le choc active le figement : ton système nerveux coupe pour te permettre de faire face, d’organiser, de prévenir, de tenir. Cela ne veut pas dire que tu n’aimais pas la personne.
Le chagrin arrive souvent plus tard, parfois des semaines ou des mois après, quand le corps se sent enfin en sécurité. S’il ne vient jamais et que l’engourdissement s’installe, c’est un deuil resté bloqué. Il se traverse, et ça se fait mieux accompagnée.
Les larmes font partie de ce que le système baisse en premier quand ressentir devient trop douloureux. Elles peuvent aussi se tarir dans une dépression ou avec certains antidépresseurs. Et parfois, on a appris très tôt qu’il ne fallait pas pleurer.
Les exercices de la partie 5 aident à retrouver le contact avec le corps. Les larmes reviennent souvent d’elles-mêmes, un jour, sans prévenir.
Chez certaines personnes, oui. Dans une grande enquête, environ 46 % des personnes sous antidépresseurs décrivaient un émoussement émotionnel, lui-même lié aussi à la sévérité de la dépression. Si tu le ressens, n’arrête surtout pas ton traitement seule : parles-en à ton médecin, des ajustements sont possibles.
Oui. La perte du plaisir est un signe central de la dépression, mais on la retrouve aussi dans l’épuisement, après un deuil ou dans le stress post-traumatique. Si elle s’accompagne d’une tristesse qui ne passe pas, c’est l’un des trois cas de la partie 6 où le médecin passe en premier.
Oui, et c’est même fréquent. Quand l’intensité de ce que l’on ressent devient insupportable, se déconnecter est une façon de survivre. Beaucoup de personnes hypersensibles alternent entre des périodes de submersion et des périodes de vide.
Plusieurs séances. Leur nombre dépend de ce qui a enclenché le mode pause, et le rythme dépend de toi : une séance par semaine avance plus vite qu’une séance par mois.
Rallumer prend plus de temps qu’éteindre. On commence par apaiser ce qui fait mal aujourd’hui. La joie et le plaisir reviennent ensuite, petit à petit, quand l’inconscient, le corps et l’émotion se remettent en accord.
Il existe des questionnaires utilisés par les professionnels, par exemple pour la dissociation ou l’alexithymie. Ils servent à orienter, pas à poser un diagnostic, et ils prennent leur sens avec quelqu’un qui peut t’aider à les interpréter.
Le meilleur premier repère reste la liste de signes de la partie 1 : si tu t’y reconnais, c’est une raison suffisante pour en parler.
●Anesthésie émotionnelle
Baisse globale de l’intensité des émotions, qui arrivent atténuées, en sourdine. On parle aussi d’engourdissement émotionnel.
●Émoussement affectif
Nom médical de l’engourdissement émotionnel quand il accompagne une dépression ou un traitement.
●Dissociation
Distension du lien avec soi-même ou avec le monde. Elle va du simple pilote automatique à des épisodes plus marqués.
●Dépersonnalisation
Forme de dissociation : se sentir détaché de soi, comme si une partie de soi observait pendant que l’autre agit.
●Déréalisation
Forme de dissociation : le monde paraît irréel, lointain, comme dans un rêve ou un brouillard.
●Anhédonie
Perte de la capacité à éprouver du plaisir. Signe central de la dépression, on la retrouve aussi dans l’épuisement.
●Figement
La plus ancienne réponse de défense : quand on ne peut ni fuir ni combattre, le corps ralentit tout et baisse la perception de la douleur.
●Hypoactivation
Le bas de la fenêtre de tolérance : le système nerveux est au ralenti, on se sent vide, lourd, éteint.
●Fenêtre de tolérance
La zone dans laquelle on peut ressentir ses émotions sans être submergé ni déconnecté.
●Attachement évitant
Style d’attachement construit quand exprimer ses émotions ne ramenait pas de réconfort. On réduit l’intensité de ce que l’on ressent pour garder le lien.
●Intéroception
La perception de ce qui se passe à l’intérieur du corps : battements du cœur, respiration, faim, tensions. C’est par elle que les émotions arrivent.
●Pendulation
Approche de Peter Levine : aller vers une sensation inconfortable quelques secondes, puis revenir à une zone qui va bien.
●Stagnation du Qi
En médecine chinoise, une énergie qui ne circule plus. Elle est reliée aux émotions retenues.
Sources et pour aller plus loin